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PORTRAIT / <SERIAL-ENTREPRENEUR> DE L'INTERNET

Charlie Muirhead, le miraculé de l'aprè-bulle

Avec ses lunettes branches teintées en jaune, sa reputation de fêtard et sa résidence à Nottinghill, Charlie Muirhead a le profil idéal du < start-upper > de la bulle Internet, version Londres. Le profil idéal aussi de l’entrepreneur mis en déroute lors de la correction qui a suivi. A vingt et un ans, il créait Orchestream, une start-up spécialisée dans las qualité de service sur Internet. A vingt-quatre ans, il devenait multimillionaire as fortune élait estimée à l’époque à 21 millions de livres (32,7 millions d’euros) à la suite de l’exceptionnelle refussite de l’Introduction en Bourse d’Orchestream en juin 2001.

Lâchant les rênes de la start-up, il enchaînait en fondant iGabriel, un club de " business angels " dans lequel a investi un parterre de célébrités comme le-musicien Peter Gabriel ou l’ancien directeur general de Walt Disney International, Etienne de Villiers. A vingt-six ans, il vient de faire sortir de terre un troisième projet, le plus ambitieux de tous. Elaborée discrètement pendant dix-huit mois, sa nouvelle société, Nexagent – initialement appelée Interprovider – veut devenir une alternative à la colonne vertébrale de l’Internet: une plateforme unique, interconnectant sans courture les grands opérateurs d’infrastructure avec la garantie de qualité de service nécessaire pour offrir un réreau privé virtuel (VPN).

Mais les tempts ont changé pour les enfants prodiges de la bulle. Sa première levee de fonds annoncée en mai, fût âprement discutée. Au sortir d’un premier tour de table de 3 millions de livres (4,7 millions d’euros) au printemps 2000, deux grands noms du capital-risque étaient venue lui proposer 30 millions de livres (46,7 millions d’euros), une offer restée sans suite. Selon nos informations, des négociations avec le grand fonds américain Accel Partners n’ont pas non plus debouche, ce dernier jugeant le projet trop coûteux.

RVC, l’ancienne branche capital-risque de Reuters, n’a pu répondre à ses demandes pressantes, étant luimême en levee de fonds jusqu’à cet automne. Charlie Muirhead est pourtant conseiller de fonds, tandis que le patron de RVC, John Taysom, est déjà investisseur dans Nexagent. Finalement, il n’a levé que 15 millions d’euros avec pour chefs de file Benchmark Capital et Atlas Venture. N’empêche que, dans un secteur aussi sinister que les télécoms, la société est nassée – sans aucun chiffre d’affaires – d’une valorisation de 15 millions d’euros lors du premier tour a 35,5 millions d’euros (selon Venture-Source). Par comparaison, Orchestream – qui génère des revenues de 23 millions d’euros annuels – dispose d’une capitalisation boursière de 15 millions d’euros. E’est la mécanique aujourd’hui classique de la "fabrique de l’argent": les mêmes "business angels" et capital-risqueurs qui ont touché le jackpot en vendant leurs titres Orchestream Durant la bulle réinvestissent l’argent gagné dans sa nouvelle entreprise.

Le plus due reste à faire

Comment Charlie Muirhead a-t-il survécu à la tempête quand tant d’autres jeunes entrepreneurs de la bulle mettent aujourd’hui la clef sous la porte?La réponse tient dans un savant dosage de compétence technologique, de sens du commerce et d’entregent. L’importance de son réseau lui a permis de démarrer avec l’appue de nombreux "business angels": des rescapés des dot-coms comme Karl O’Hanlon, un ancien de Boo.com, ou Robert Bier, ex-PDG d’Anfactory, mais aussi de grands noms comme Martin Velasco, ancien directeur non exécutif de Telefonica, John Taysom (via son épouse) ou la gourou du Net, Esther Dyson. Mais loin de la frivolité du jeune homme bien "connecté", Charlie Muirhead sait aussi mettre les mains dans le cambouis de l’infrastructure du réseau. "Ce penchant pour la technologie, ja l’ai hérité d’une adolescence où je fabriquais ma propre guiare électrique", explique-t-il. Complément rare, le jeune homme a aussi développé très tôt des qualités d’homme d’affaires, négociant ô dix-huit ans l’acquisition d’une PME de locations d’instruments.

"Il sait extrapoler un produit à partir d’un besoin et connaît les étapes pratiques pour parvenir à la naissance d’un marché. C’est une compétence rare en Europe. On appelle ça un entrepreneur", s’enthousiasme John Taysom. "Il a l’art de convaincre, non pas de manière artificielle mais parce que ses idées tiennent la route", ajoute Esther Dyson, qui a investi dans ses trois aventures. Son élan a même eu un effet d’entraînement sur son entourage: dans son sillage, ses deux frères se sont aussi lancés dans la création d’entreprise. Le cadet, Will, vingt-cinq ans, a créé Sportey, un spécialiste de la distribution de vidéo sur Internet, et l’aine, Richard, trente ans, est entrepreneur en résidence au bureau européen du capital-risqueur. Accel Partners. "Charlie est un symbole de ce qui se passe d l’échelle macroéconomique. Avec la diffusion de l’accés au capital-risque, créer sa start-up n’est plus une prérogative réservée à quelque lointain entrepreneur de la Silicon Valley. Les gens se disent: "Si mon frére a réussi, pourquoi pas moi?"", analyse John Taysom.

Malgré ses cautions pretigieuses et son argent fraîchement mis en banque, c’est néanmoins aujourd’hui que le plus dur reste à faire pour Charlie Muihead: convaincre les plus grands opérateurs mondiaux de se rallier à une plate-forme fournie par une start-up inconnue il y a encore un mois. Aprés quoi, il sait que, le moment venu, il faudra sans doute le remplacer par un PDG plus âgé. Il devra alors exercer ailleurs son talent de conquérant. On appelle ça un "serial-entrepreneur"….

BENOÎT FAUCON (à Londres)

Les Echos
17th June 2002